Santé de la femme

Périménopause et ménopause

Fatigue, douleurs articulaires, bouffées de chaleur… quelle place pour l’ostéopathie ?

La transition ménopausique peut s’accompagner de symptômes vasomoteurs, de troubles du sommeil, de variations de l’humeur ainsi que de douleurs ou d’inconforts musculosquelettiques. En complément du suivi médical, l’ostéopathie peut, chez certaines patientes et lorsque cela est indiqué, s’intégrer dans une approche collaborative afin de soutenir les piliers de la santé que sont l’activité physique, les muscles, le sommeil, la nutrition, la santé hormonale et la prévention.

À retenir

  • La périménopause commence avec les premiers signes de modification de la fonction ovarienne, le plus souvent des changements du cycle menstruel, et se termine un an après les dernières règles. Elle peut durer quelques années. La ménopause naturelle correspond à l’arrêt définitif des menstruations, confirmée rétrospectivement après douze mois consécutifs sans règles [1].
  • L’intensité, la durée et l’association des symptômes varient considérablement. Certaines femmes ressentent peu de changements ; d’autres voient leur qualité de vie, leur travail ou leur sommeil nettement affectés [1,2]
  • En Suisse, la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique considère le traitement hormonal de la ménopause comme le traitement de premier choix du syndrome climatérique en l’absence de contre-indication, avec une indication individualisée et une réévaluation régulière [3]
  • Mise en évidence de l’intérêt d’une prise en charge collaborative intégrant la réflexion hormonale, un apport protéique et un renforcement musculaire adapté.

Quand le corps ne répond plus comme avant

Elle arrive en consultation avec une phrase simple :

« J’ai mal partout, je dors mal, je suis épuisée et j’ai l’impression que mon corps m’échappe. »

Mme A, 46 ans, exerce un métier exigeant et mène une vie familiale bien remplie. Depuis plusieurs mois, son sommeil est devenu plus léger, elle se sent moins en forme et des douleurs articulaires inhabituelles sont apparues. Elle remarque également des cycles irréguliers, quelques bouffées de chaleur et une plus grande irritabilité émotionnelle.

Elle pense d’abord traverser une période de stress. Pourtant, malgré le repos, une activité physique régulière et une alimentation qu’elle considère comme équilibrée, l’inconfort persiste. Venue initialement consulter un ostéopathe pour des douleurs d’allure mécanique, l’évaluation peut alors suggérer que celles-ci s’inscrivent dans un contexte plus global, nécessitant une prise en charge collaborative.

Cette vignette est illustrative : une même difficulté peut résulter de plusieurs facteurs et ne permet pas, à elle seule, de poser un diagnostic.

Périménopause et ménopause : de quoi parle-t-on ?

La périménopause désigne la période de transition qui commence avec les premiers signes de modification de la fonction ovarienne, le plus souvent des changements du cycle menstruel, et se termine un an après les dernières règles. Elle peut durer plusieurs années et avoir des répercussions physiques, émotionnelles, cognitives et sociales [1].

La ménopause naturelle correspond à l’arrêt définitif des menstruations par perte de la fonction folliculaire ovarienne. Elle est confirmée rétrospectivement après douze mois consécutifs sans règles, en l’absence d’une autre cause physiologique ou pathologique et sans intervention ayant supprimé les menstruations [1].

Chez une femme de 45 ans ou plus présentant un tableau typique, l’identification de la périménopause ou de la ménopause est principalement clinique. Entre 40 et 45 ans, et a fortiori avant 40 ans, l’évaluation doit être adaptée afin de rechercher une ménopause précoce ou une insuffisance ovarienne prématurée [2].

Des signes fréquents, mais non spécifiques

L’intensité, la durée et l’association des symptômes varient considérablement d’une femme à une autre. Certaines femmes ressentent peu de changements ; d’autres voient leur qualité de vie, leur travail ou leur sommeil nettement affectés. Les manifestations les plus souvent rapportées comprennent [1,2] :

  • des modifications du cycle : règles plus rapprochées ou plus espacées, flux différent, puis aménorrhée ;
  • des symptômes vasomoteurs : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, parfois accompagnées de palpitations ;
  • des troubles du sommeil, une fatigue accrue et des variations de l’humeur ;
  • des difficultés de concentration ou une sensation de « brouillard mental » ;
  • une baisse du désir sexuel, une sécheresse vaginale, des douleurs lors des rapports ou des symptômes urinaires ;
  • des douleurs articulaires ou musculaires, une raideur, une diminution de la force ou une modification de la composition corporelle
  • Une prise de poids localisée dans la région abdominale.

Ces symptômes ne doivent cependant pas être attribués automatiquement aux hormones. Une anémie, un trouble thyroïdien, une maladie inflammatoire ou rhumatologique, un trouble du sommeil, une dépression, un effet médicamenteux ou une autre affection peuvent produire un tableau proche. Le contexte clinique détermine la nécessité d’un examen médical et, le cas échéant, d’analyses complémentaires [4].

Pourquoi des douleurs articulaires ou musculaires peuvent-elles apparaître ?

La période de transition ménopausique coïncide souvent avec l’apparition ou l’aggravation de douleurs musculosquelettiques. Le syndrome musculosquelettique de la ménopause est une nouvelle terminologie utilisée pour décrire les symptômes musculosquelettiques courants liés à la perte des niveaux d’œstrogène, y compris la douleur articulaire, l’inflammation, la sarcopénie, l’ostéoporose et les dommages au cartilage. Cette relation reste toutefois multifactorielle : l’âge, le niveau d’activité, la qualité du sommeil, le stress, les antécédents traumatiques, la charge professionnelle et les maladies articulaires préexistantes jouent également un rôle [5].

Une douleur nouvelle, persistante ou inflammatoire ne doit donc pas être considérée comme « normale parce que c’est la ménopause ». Elle mérite la même démarche clinique que toute autre douleur : localisation précise, mode d’apparition, facteurs aggravants, examen fonctionnel et recherche de signes d’alerte.

Quelle place pour l’ostéopathie ?

L’ostéopathie peut être envisagée lorsqu’une plainte musculosquelettique est identifiée et qu’aucun signe d’alerte ne nécessite une orientation médicale préalable. Une consultation rigoureuse repose sur une anamnèse complète, un examen clinique et fonctionnel, la recherche de contre-indications ainsi qu’une réévaluation régulière de l’évolution.

Selon la situation, les techniques manuelles peuvent contribuer à réduire certaines douleurs ou raideurs, à améliorer la mobilité d’une région anatomique et à faciliter la reprise progressive d’une activité physique adaptée. Elles s’intègrent idéalement dans une stratégie active associant maintien du mouvement, progression des sollicitations, renforcement musculaire et conseils individualisés [6].

Cependant, les cliniciens doivent garder à l’esprit les effets physiologiques de l’œstrogène sur le système musculosquelettique dans leurs plans de soins pour les patientes péri ménopausiques et post ménopausiques.

Ce que disent les données scientifiques

Une revue systématique publiée en 2024 a identifié cinq essais randomisés, totalisant 245 participantes, sur les thérapies manuelles et les douleurs musculosquelettiques après la ménopause. Des améliorations à court terme ont été observées dans plusieurs études, mais quatre essais sur cinq présentaient un risque de biais élevé, les échantillons étaient petits et le suivi généralement court. Les résultats sont donc encourageants et suggèrent la nécessité de recherches approfondies [7].

Présenter clairement ces limites ne réduit pas l’intérêt d’un soin manuel adapté ; cela permet au contraire de définir une indication réaliste, mesurable et compatible avec une pratique fondée sur les données disponibles.

Une prise en charge globale et collaborative

La périménopause – ménopause ne se résument pas à un traitement de symptômes mais à une biologie. Elles nécessitent souvent une prise en charge globale, individualisée et collaborative intégrant la réflexion hormonale, nutritionnelle et physique. Selon les besoins de la patiente, cette approche peut associer le médecin de famille, le gynécologue, le physiothérapeute, l’ostéopathe, le psychologue, le diététicien [6].

Les traitements médicaux, hormonaux ou non hormonaux, sont évalués en fonction des symptômes, des antécédents, des facteurs de risque et des éventuelles contre-indications. En Suisse, la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique considère le traitement hormonal de la ménopause comme le traitement de premier choix du syndrome climatérique en l’absence de contre-indication, avec une indication individualisée et régulièrement réévaluée [3].

En parallèle, l’activité physique régulière, notamment le renforcement musculaire et les exercices en charge, ainsi que l’attention portée au sommeil, à l’alimentation, au tabagisme, à la consommation d’alcool et au bien-être psychologique constituent des composantes essentielles de cette prise en charge. La coordination entre les professionnels permet d’adapter les interventions, de prévenir les ruptures de suivi et d’accompagner la patiente de manière cohérente tout au long de cette période de transition.

Retrouver des repères sans banaliser les symptômes

La périménopause est une transition physiologique au cours de laquelle chaque femme mérite d’être écoutée, soutenue et accompagnée. Une écoute attentive, un raisonnement clinique rigoureux et une collaboration entre les professionnels de santé permettent de mieux comprendre ses symptômes, d’identifier ses besoins et de proposer une prise en charge cohérente, personnalisée et sereine.

Dans ce parcours de soins, l’ostéopathie pourrait occuper une place utile et mesurée pour soulager certaines douleurs, raideurs ou limitations fonctionnelles [7]. Elle ne se substitue ni à l’évaluation médicale ni aux traitements spécifiques hormonaux de la ménopause. Sa pertinence repose sur une indication clairement établie, des objectifs concrets, une réévaluation régulière et une intégration cohérente dans une prise en charge globale et pluridisciplinaire afin de participer à l’amélioration de la qualité de vie des patientes.

Parce que à cette période de la vie, il ne s’agit pas seulement de « tenir », mais de retrouver des appuis, du confort et une manière plus sereine d’habiter son corps.

Marie BECQUE

Ostéopathe CRS

Article d’information générale. Il ne remplace pas une consultation médicale, pédiatrique ni un accompagnement individualisé de l’allaitement.

Références


 

[1] Organisation mondiale de la Santé. Ménopause – Principaux repères. 16 octobre 2024. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/menopause

[2] National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Menopause: identification and management. Guideline NG23. Mise à jour novembre 2024, amendements 2026. https://www.nice.org.uk/guidance/ng23

[3] Société suisse de gynécologie et d’obstétrique (SSGO). Avis d’experts n° 90 : Recommandations actuelles sur le traitement hormonal systémique de la ménopause (THM). 12 janvier 2026.

[4] Dan, D. Mise à jour du diagnostic différentiel et du traitement des douleurs articulaires de la ménopause.RheumaPlus / Schweiz1, 21–27 (2024)

[5] Wright VJ, Schwartzman JD, Itinoche R, Wittstein J. The musculoskeletal syndrome of menopause. Climacteric. 2024;27(5):466-472. doi:10.1080/13697137.2024.2380363.

[6] Ruffini N, D’Alessandro G, Pimpinella A, et al. The Role of Osteopathic Care in Gynaecology and Obstetrics: An Updated Systematic Review. Healthcare. 2022;10(8):1566. doi:10.3390/healthcare10081566.

[7] Espírito Santo J, Moita J, Nunes A. The Efficacy of Manual Therapy on Musculoskeletal Pain in Menopause: A Systematic Review. Healthcare. 2024;12(18):1838. doi:10.3390/healthcare12181838.